lis tes ratures

17 août 2019

correspondance 7

J'en suis déjà au quatrième feuillet...que de choses à te dire ! J'ai regardé hier avec Étienne un film qui m'a fait revivre des émotions très fortes et du coup qui m'a fait comprendre bien des choses. J' avais demandé à Étienne de passer à la médiathèque  pour prendre la première saison de downtown abbey. J'ai déjà vu la série il y a quelques années  mais j'avais envie de m'y replonger. Sans aucun doute l'atmosphère de l appartement de Mme lilibeth y est pour quelque chose. Et il est revenu avec ce DVD, inconnu au bataillon mais bardé de prix. Connais tu "Manchester by the sea" ? Les histoires et les drames s'entremêlent et surtout s'entrechoquent.

Je t'ai revue à travers le personnage principal avec toute la violence qui était la tienne à l'époque de ton divorce. Tu ėtais tellement à vif, tu étais tellement imprévisible ! Tu ne savais plus qui tu étais sans doute. Tu fuyais le monde et quand tu devais le côtoyer ça se finissait souvent mal. Personne ne pouvait te comprendre parce que peut-être, personne n'a cherché à comprendre. Probablement que tu ne te comprenais pas toi même. Même pour moi, c'était difficile. Quand tu es partie précipitamment au pays de Galles, j'ai vécu cela comme un abandon. J'imagine le choc pour tes enfants ! Pourtant j'ai réalisé en regardant le film qu'en te sauvant, tu t'es sauvée. Tu n'avais pas le choix. La honte et la douleur devaient être trop fortes. Tu as certainement tenté d'expliquer ou peut-être pas ; tu l'as exprimé en prenant ces somnifères en excès. J'ai pleuré, j'ai eu peur mais ça m'a dérangée, ça a bousculé mon quotidien, renvoyé à mon impuissance. Je me suis même dit que tu exagėrais, qu'un divorce ce n'était pas la mort, que tu voulais être le centre du monde. Tu m'emmerdais au final !

Sans doute aussi je ne voulais pas entendre, pas savoir. Je t en voulais. J'étais en colère. Je t'ai dit des choses très dures à l'époque. Je les regrette aujourd'hui  ces paroles. Les as tu entendus ces mots dans ton brouillard ? Comment as tu pu revenir vers moi par la suite ? Où étaient tes parents, ta famille ? Je n'ai vu que le vide autour de toi.Je me suis dit que si c'était le vide c'est que tu l'avais bien cherché. Et puis, face à moi je n'ai vu qu'un mur, ton mur, contre lequel tout le monde se fracassait. Même le mariage de ta fille auquel tu n'as pas assisté ! A l'époque je n'ai pas compris. J'ai pensé que tu voulais les punir tous. J'ai pensé que tu te drapais dans ton orgueil. Je t'ai fuie à mon tour. Je t'ai laissée seule. J'ai honte Hortense. Maintenant je réalise que tu ne pouvais pas. Sans doute le regard des autres et l'isolement dans lequel tu t'étais retrouvée dans le contexte qui était le tien, te paralysaient. Et puis en face, je peux bien te le dire maintenant, personne ne te trouvait aucune excuse.

En face, il y avait ton ex qui paradait. J'avais toujours des échos qui m'exaspéraient car c'était trop à charge contre toi. Mais j'ai écouté, j'ai laissé dire. J'ai hésité longtemps avant d'enfin prendre mes distances avec certaines personnes. Pour eux, ton absence, cette fuite étaient les signes que tu étais la cause de tous leurs tourments. Ils avaient enfin  la preuve que tu étais la vilaine, que tu avais abandonné tes enfants. Leurs attitudes montraient qu'ils allaient enfin pouvoir commencer à être heureux, sans toi.

J'ai honte Hortense. Je te demande pardon. Il y a la bibliothérapie mais je peux te dire que la filmothérapie c'est efficace aussi. Je ne cesse de pleurer tout en écrivant.

Mais comme disait ce cher Victor "les plus belles années sont celles qu'on n'a pas encore vécues".

Je t'aime

 

 

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15 août 2019

correspondance 6

Très chère Hortense,

Cela fait bientôt deux semaines que nous sommes rentrés de Jersey et je n'ai pas trouvé une minute pour t'écrire ni même pour me poser. Quelle agitation !

Le retour en bateau fût un tantinet chahuté. La mer était encore mauvaise. Nous sommes arrivés dans la nuit à la maison. Nous étions épuisés mais heureux de ce séjour. La voisine avait soigneusement disposé le paquet de courrier sur la table de la cuisine mais je n'ai lu ta longue lettre que deux jours plus tard et encore...entre deux visites dans ma tournée des soins. Je t'ai lue et relue depuis. J'aimerais pouvoir t'aider plus. Je suis heureuse de savoir Tom à tes côtés. C'est comme si je le connaissais. Je sens au travers tes propos tout l'amour qu' il a pour toi...et toi pour lui.

Je ne connais pas bien tes deux filles mais j'ai bien connu leur père. Je me souviens de tous tes doutes dès le début de votre relation.  J'étais trop jeune pour pouvoir faire plus qu'écouter, partager, être là, à  tes côtés. Nos rires, nos larmes, nos joies, nos peines, on partageait beaucoup de choses Hortense. Mais si à vingt ans on avait su tout ce qu'on sait aujourd'hui...bien sûr qu'on aurait évité bien des déboires  ; bien entendu je n'aurais pas épousé un alcoolique et tu aurais fui cet homme. Je me souviens d'un échange avec la psy qui me suivait lors de ma dépression. J'en étais encore à me culpabiliser malgré le constat. Alors que je répétai à plusieurs reprises que sans doute une autre aurait peut-être réussi à le tirer d'affaire, elle m'a interrompue en me disant qu'une autre à ma place serait peut-être partie plus vite. Tes enfants, comme les miens ont subi les dysfonctionnements de nos vie de couple. Elles règlent leurs comptes à leur manière, avec ce qu'elles sont et avec ce qu'elles savent c'est-à-dire...pas grand chose, comme nous à leur âge. Bien entendu ta colère est légitime. Bien sûr ce que tu vis est injuste et disproportionné. Dis-toi que tu n'es ni un hérisson ni un paillasson, ça t'aidera peut-être ; Mais Je n'ai pas de conseil à donner.Tu connais ma situation.  Dire c'est bien. Écrire c'est très bien. Lire aussi. Tu m'avais parlé de la bibliothérapie et je suis persuadée du bien fondé de cette pratique. Quand une lecture nous parle, nous évoque des souvenirs ou provoque des émotions c'est qu'il y a quelque chose à gratter. Ça m'aide bien des fois, ça éclaire mon chemin. J'imagine que pour toi c'est pareil.

Je t'ai évoqué dans un précédent courrier l'installation d'une librairie jeunesse dont la propriétaire, Mme lilibeth, est anglaise. Je me retrouve impliquée directement dans sa vie. Elle est tellement originale ! Avant même de la connaître c'est la réputation qu'elle a en ville et elle n'a pas trouvé mieux que de se blesser. Donc, tu me vois venir...Il fallait une infirmière pour lui faire sa piqûre journalière et c'est tombé sur bibi. J'en suis bien contente je t'avoue. Au lieu des commérages, je vais pouvoir me faire ma propre idée. En fait, elle promenait ses deux corgis, Willow et Dookie, dans le parc des étangs. Il y avait un chien type bas rouge qui courait dans tous les sens. Pendant les soins, la première fois que je suis montée chez elle, Mme lilibeth ne dėcolérait pas après le propriétaire. "On doit tenir un chien en laisse dans un parc" "C'est pas la peine d'avoir un gros chien en appartement et quand il sort, la pauvre bête essaie en une heure de rattraper une journée d'enfermement". Je ne peux qu'être d'accord avec elle. Effectivement, le chien en question c'est celui du fils du pharmacien. Il avait une maison mais il a divorcé il y a quelques mois et habite provisoirement un logement dans l'arrière  cour de la pharmacie. La pauvre bête est à l'attache toute la journée. Donc, un vrai fauve lâché sur une pelouse mouillée ça donne un bon dérapage non maîtrisé et atterrissage de plein fouet sur le côté du genou de Mme lilibeth. Les deux corgis, qui eux étaient en laisse n'ont pas vu le bolide venir. L'un des deux a été projeté, si bien que Mme lilibeth a lâché la laisse, et elle est tombée sur le deuxième corgis car son genou ne la soutenait plus. Résultat de la course folle, une entorse majeure du genou pour la vieille dame, un traumatisme crânien pour le chien projeté et deux côtes cassées pour l'autre. Ambulance pour tout le monde et remue ménage en ville. Évidemment tout le monde est unanime. C'est Mme lilibeth qui a tort. Elle n'avait qu'à promener ses chiens dans un autre coin du parc ! Bienvenue chez les papayens !

Je te laisse, c'est de circonstance, mon portable bipe !

Claire...Je ne sais pas pourquoi je conclus par Claire...sans aucun doute, ce n'est pas assez limpide que c'est Claire qui écrit !

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13 août 2019

correspondance 5

Hortense,

Dernier feuillet devant une tasse de thé,  face à la mer. Nous avons visité l hôpital allemand ce matin. Je ne l'avais pas revisité depuis cinquante ans...tu imagines ! Elsie nous y emmenait chaque été. Elle avait besoin de ce bain éducatif. Elle disait toujours qu'il ne fallait jamais oublier que la nature humaine ne s'habillait pas que de rose. Elle avait une vingtaine d années au moment de la guerre et elle nous parlait parfois le soir, alors que nous étions, mon frère François et moi, couchés sur nos lits de camp dans son chalet, les trahisons, la corruption, les dénonciations. Son père avait lui-même été dénoncé par une voisine car il dėtenait un poste de radio. Les allemands qui avaient investi l'île avaient ordonné le dépôt de toutes les armes et de tous les postes de radio. Il était passé outre. Il fut arrêté et envoyé en Allemagne. Il y avait travaillé cinq longues années dans une ferme en Bavière. Pendant ces années de guerre, Elsie et sa mère s' étaient débrouillées pour faire bouillir la marmite sans jamais se laisser corrompre. Pourtant elle disait que la tentation était grande tellement la faim les tenaillait parfois. Leur voisine ne s'embarrassait pas avec de tels états d'âme. Contre des tickets d'approvisionnement, elle dénonçait un voisin ou même un membre de la famille aux allemands. Elle disait que la faim, en épelant haut et fort F A I M, justifiait tous les moyens.

Je regrette de ne pas lui avoir posé de questions. Dans les années 70, du haut de mes dix ans, je ne posais guère de questions. Je prenais ce qu' on voulait bien me donner. J'ai appris à interroger au fil du temps alors que je réalisai que mon éducation avait muselé ma parole et mes émotions. Au début de ce long apprentissage, je me demandais quelles questions j'avais droit de poser sans paraître curieuse ; puis comment je devais formuler mes questions pour ne pas choquer...Je me mordais les doigts souvent face aux réponses. J étais allée trop loin ? C'était indiscret ? J'avais blessé ou créé une gêne ? Quand tu t'élèves toute seule sans guide, c'est compliqué d'avoir la bonne attitude en toutes circonstances.

Donc le musée hôpital a été modernisé. Il y a désormais beaucoup de documents audiovisuels, des témoignages. J'avais de vagues souvenirs d'objets et de quelques mises en scène ; mais j'avais surtout en mémoire cette sensation de froid et ces bruits de bombardements,  et surtout les cris. Tout ça, je l'ai retrouvé. Je suis restée un long moment devant ce long boyau creusé dans la roche avec le nombre des prisonniers inscrits, surtout russes, qui y avaient perdu la vie. On ne peut pas imaginer ce qu'est l'horreur de la guerre. On ne peut pas Hortense.

Nous avons rejoint Peter et Frances pour le déjeuner. Le dernier pour cette année. Le temps passe si vite ici. Peter nous a déposés près de la gare routière. Nous rejoindrons à pied la gare maritime d'ici une petite heure. C'est tout près.

Je clôture, je poste et j'espère qu'en arrivant ce soir, ou plutôt dans la nuit, j'aurai le plaisir de te lire. Je t'embrasse mon Hortense.

Kisses XXXXX

Claire

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12 août 2019

correspondance 4

Ma chère Hortense,

Mon dieu ! Que la vie est simple avec Étienne ! Comment ai-je pu vivre tant d'années avec cet autre qui me méprisait et pour lequel je n'étais qu'utile ? Quel vilain cadeau j'ai offert à mes enfants ! Ils voudraient pouvoir aimer leurs deux parents mais se retrouvent sans cesse à gérer un conflit de loyauté ! Que d'erreurs on fait lorsqu'on n'est pas éclairé ! Je n'avais pas beaucoup d'estime de moi pour avaler autant de couleuvres. Étienne est si plein de prévenance. Il est soucieux de mon confort autant qu'il  prend soin de lui. C'est confortable, c'est douillet de partager le quotidien à ses côtés. Alors même que je t'ecris, Il vient de s'arrêter devant le fauteuil  et m'a embarrassée à pleine bouche en passant sa grande main fine et légère sur mon sein droit. Tu le crois ça après dix ans de vie commune ? Il me voit. Je ne suis plus transparente Hortense !

Hier, nous avons tellement marché de Victoria Avenue à Gorey que mes jambes ne me portaient plus. Ça me lançait au niveau de l'aine, c'était horriblement lancinant. Avec Etienne, j'ai droit de dire que j'ai mal et du coup je n'ai pas besoin de me plaindre. Avec l'autre, si j'avais eu un cancer, cela aurait été la double peine. D'abord la maladie et ensuite la gérer seule et en silence. Je sentais que ce n'était pas normal mais je pensais ne mériter aucune attention. Je n'en valais pas la peine. Nous avons un peu la même histoire Hortense. Pourquoi ne la racontes-tu pas, toi qui écris si bien ? Tu me dis que ton roman tourne en rond. Tu ne parviens pas à mettre en mots tous tes ressentis ? Tu te sens encombrante, pas à ta place ; c'est lourd à porter ce fardeau dis-moi. Tu dis avoir honte de ce que tu écris, que tu ne t'appelles ni Amélie Nothomb ni katherine Pancol...oui c'est certain tu t'appelles Hortense Dupin. Mais l'écriture, c'est au quotidien. C'est pas un jour 30 pages et deux mois sans une ligne. L'écriture c'est la musique de la vie et la musique c'est une discipline exigeante, rigoureuse. Amélie est certes d'une intelligence remarquable mais elle se lève tôt et écrit tous les jours. Nul doute qu'elle doit être à la peine parfois.

C'est pour ça que je me suis inscrite à ces nouveaux ateliers. Je veux écrire, casser mes codes trop rigides. N'y-a-t-il au royaume de Shakespeare aucun lieu où tu puisses te lâcher en écrivant ? Tu ne peux pas savoir à quel point je me sens formatée et rigide. Je suis pourtant pacifiste mais je rêve d'Hiroshima dans ma tête. Écris ma belle, sur tout, sur rien. Parle de tes hôtes. Une intrigue autour d'hôtes venus pour un mariage au village avec un meurtre à la clé. Mais tue-le une fois pour toutes Hortense ! Ce n'est pas toi qui es encombrante ; c'est lui qui t'encombre. Ça me rappelle mon médecin qui s'était retrouvée à me raconter ses difficultés avec ses jeunes enfants et de leur père qui usait d'une certaine manipulation. Elle m'avait dit d'un air dépité "On voudrait pouvoir les éliminer mais...ça ne se fait pas !". Nous avions ri ensemble tellement l'envie de meurtre parfois nous étreint.

Il faut que je m'active ; dernière journée sur ma chère île. Le départ est reculé à demain à cause d'une tempête. Inutile que je prenne mon chapeau aujourd'hui.

Bises ma belle. Je dois être rendue à dix feuillets. Je les posterai avant de partir. Tu auras un beau timbre de ton Elizabeth préférée. Does the queen keep a diary ?

Claire

 

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11 août 2019

correspondance 3

Hortensia, hydrangea...

Oh la la ! Quel plaisir de faire une petite pause au coeur du jardin botanique de samares. C'est plein d'hortensias ici ma chère Hortense et ils ne sont pas en meilleure forme que toi. Tes enfants, je crois qu'il faudrait que tu lâches prise. Pas de nouvelles...pas de nouvelles. Comment vivais tu à leur âge ? Moi, je me faisais un plaisir de ne donner de nouvelles à personne. Bon, c'était plus facile puisqu'on n'avait pas de portable mais je n'avais pas envie...vraiment. tu te rappelles cette obsession que j'avais d'être libre, de vivre MA VIE ? laisse les soigner leurs blessures loin des gens qu'ils aiment. Lâche les et lâche toi ! Relax Max ! Rappelle toi "Vos enfants ne sont pas vos enfants "dit Khalil Gibran.

Et tu sais que si je me permets de te dire ça c'est parce que je connais ce désespoir et cette peur de perdre son enfant, de ne plus le voir. Mais écris moi. A l'époque où je traversais des moments douloureux et difficiles tu as su être présente. Je le serai pour toi quoiqu'il arrive. Quel long appartė sur ce banc à l'ombre de ce majestueux liquidambar ! Frais et Inspirant !

Le jardin botanique n'est pas au mieux de sa forme, loin s'en faut. En mai ou plutôt juin, les arbustes et les fleurs devaient colorer l'espace mais en ce mois d'août, la chaleur et l excès de soleil ont fait leur oeuvre. Ce n'est pas franchement grillé mais la luminositė et la fraîcheur ont terni. Mais quel plaisir de prendre un  déjeuner sous la pergola sur laquelle rampe de la vigne. Par contre, sans vouloir me vanter, les grappes de muscat de mon jardin sont plus pulpeuses. Elsie aurait adoré prendre a cup of tea ici, dans ce lieu chargé d'histoire. Nous sommes passés la saluer dans son petit carré de cimetière de la paroisse de saint Clément. Elle a l'air de s'y plaire. Oui je sais, on ne rigole pas avec la mort...tes gros yeux fondent sur moi et ton courroux me transperce...n'empêche qu'elle est très bien là avec son petit garçon et son beloved husband. Tous les trois figés pour l'éternité de leur amour. C'est apaisant de penser qu'il ne pourra plus rien leur arriver de moche !

Dans un registre plus joyeux, nous avons assisté à la parade de la bataille des fleurs. Les années passent et je m'étonne d'être étonnée...tant de passion mise au service de deux parades. Une année de travail de tant de bénévoles pour quatre heures de défilé. Des fleurs de papier mais essentiellement des fleurs naturelles qui enchantent littéralement les chars. Et ce que j'aime c'est qu'il y a de la vie, de l'enthousiasme, de la gaieté, du bonheur. Et puis, ici, tout le monde participe. Que tu sois jeune, âgé, handicapé, que tu aies la ligne ou que tu sois tout en rondeur...du moment que tu aies envie...tu es le bienvenu...on se retrouve nous aussi pris à danser, à chanter. Que j'aimerais, un jour, te faire partager ce beau moment de fête !

D'habitude Peter, le fils cadet d'Elsie,  met sa petite daewoo à notre disposition mais cette année nous avons décliné. Les routes étroites sont dangereuses. Il y a trop de voitures et en plus ils roulent comme des dingues. Faire du vélo on y pense même pas...enfin Étienne y pense mais pour ce qui me concerne...même pas en rêve ! Ça grimpe trop ! Je lui ai dit que s'il voulait m'entendre râler à longueur de temps c'est une excellente idée ! Il a renoncé. De toute façon, il n'y a que sur la partie sud que tu vois quelques vélos, sinon c'est voiture, camion, camionnette en veux tu, en voilà ! Donc on a utilisé les bus et franchement c'est rėgalade. Transport en commun transformé en bus de tourisme. Tu es avec les gens du coin. Tu es dans l'ambiance. Ce matin c'était très chouette. En partant de saint hélier vers Corbière à chaque arrêt de bus des jeunes montaient déguisés et grimés. Ils se connaissaient tous et s'interpelaient joyeusement. Il y avait une ambiance ! Et tous ceux qui voyageaient en avaient le sourire aux lèvres. Il y avait les deux petites minettes habillées en tennis women, le so british en costume moustache et rouflaquettes, le disc jockey et son tee shirt à paillettes, la belle indifférente distinguée qui avait revêtu une splendide robe vintage années 60. Je ne te raconte pas le moment de silence quand le joueur de base Ball est monté à son tour...ouahhhhh... ! Brad Pitt pour la beauté et John Wayne pour la virilité...j'avais 15 ans tout à coup ! Le chahut a battu son plein lorsqu'il a brandi sa bate gonflable. Je passe sur les blagues salaces quand il a dû la regonfler alors qu'elle avait un coup de mou...il faut vraiment prendre le bus...c'est TROP génial !

Je me suis rendue compte que ça construisait vraiment partout. Année après année, l'île se blinde d'habitations. Là où il n'y avait qu'une rue avec une rangée de maisons, il y a désormais deux rues étroites et quatre rangées de maisons avec des mouchoirs de poche en guise de jardin. Peter a bien fait de conserver la maison d'Elsie. Il a magnifiquement rénové le cottage et nous...on en profite. Il y a certaines zones qui ne changent pas. Le manoir ceint de murs de pierres au parc magnifique et entouré de champs, tu peux encore en trouver mais globalement d'une année sur l'autre quelques maisons supplémentaires se rajoutent inéluctablement. De plus en plus d'immeubles aussi...bref...çabouge et ça  change  ici comme ailleurs. Elsie qui aurait 102 ans cette année, ne reconnaîtrait pas son île.

Je te laisse ma poule...c'est comme ça qu' elle finissait sa liasse de feuillets bleus Elsie...et elle ajoutait une série de croix qui étaient autant de bisous

XXXXX

Claire

 

 

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05 août 2019

correspondance 2

Ma très chère Hortense,

Que je suis contente que tu m'ais répondu par voie postale...ça m'a fait un bien fou...Étienne était un peu surpris...tu penses...une lettre...une belle enveloppe rose qui venait du Royaume Uni !

- je me demande si ce ne seraient pas des nouvelles de ta vieille copine Hortense !

Ah ah ah...vieille copine ! Bien entendu que c'est une lettre de ma vieille copine et je sais que tu imagines très bien mon excitation. En te lisant et en redécouvrant ta vilaine écriture étirée c'est comme si je refaisais ta connaissance.

Mais dis-moi, tu deviendrais bavarde avec l'âge ! Ou bien est-ce le papier à lettre qui t'inspire,  ou un trop plein de silences ?

Je suis contente de savoir que tu te plais dans ta campagne galloise et que Tom est un gentil compagnon. Tu le mérites si tant est que l'amour se mérite. Assez soupé de la manipulation. Tu as mis le temps et tu as dû t'ėloigner ...mais comme on dit...ceux qui m'aiment prendront le train...et je le prendrai.

Nous partons quelques jours à Jersey pour la bataille des fleurs. J'aime y retourner chaque année, quelques jours...Toute mon enfance est là bas et je m'étonne souvent de ne pas y avoir fait ma vie. Elsie avait pourtant des ambitions pour moi...me marier avec son fils John...Quand j'y pense...trop maigre, bigleux et coincé...tu me diras...grand, blond qui sent bon le sable chaud...c'est pas un gage de bonheur et à tout bien considérer..je me suis plantée...peut-être les mariages arrangés sont la solution ou...pas de mariage du tout ! Comme disait mon grand-père...le mariage est comme une forteresse,  tous ceux qui sont à l'extérieur veulent y entrer et tous ceux qui sont à l'intérieur veulent en sortir...morte de rire...c'est tellement vrai pourtant.

Il y a une librairie jeunesse qui vient d'ouvrir dans le centre de la commune. quel événement ! Et qui peut être  assez fou ou assez inconscient pour venir s'installer ici ? Tiens-toi bien...il paraît que c'est une anglaise qui tient la boutique. Une veuve qui a investi dans une belle bâtisse style manoir. Elle était en vente depuis plusieurs années et j'avoue que la rénovation est topissime. Il doit y avoir une inauguration d'après ce que j'ai entendu à la boulangerie. Madame lilibeth c'est son nom...une originale d'après une voisine. Je riais en l'entendant dire "originale" avec sa bouche de travers et son air suspicieux...Pour elle TOUT ce qui ne lui ressemble pas est original..même moi et mon jardin anglais...! C'est sûr que comparé au sien...

Où en sont tes projets d'écriture ? Tu n'abordes pas le sujet. Pourtant, dans mon souvenir tu étais venue à bout de ce roman dont l'histoire se déroulait à Londres. J'attends toujours que tu me proposes de te lire...tellement curieuse de savoir si tu m'as empruntée pour un de tes personnages...moi si j'écrivais un roman, sûr que je t'attribuerais un rôle...voyons voir...peut-être du style de isabel crowley dans downtown abbey...un tantinet crampon...je te taquine !

Il pleuviote ici. Mon jardin a soif...mes plantes plaintivement me réclament de l'eau mais nous n'avons plus le droit d'arroser. Ça me fait angoisser par moment le réchauffement climatique. Je dis par moments car ça pourrait être en permanence si je ne me forçais pas à penser à autre chose. Bien assez de sujets d'angoisse. J'ai ouvert une page face de bouc pour partager sur les jardins. Quand je pense qu'il m'a fallu attendre 50 ans et la rencontre avec Étienne pour réaliser ce besoin profond. Je suis certaine que jersey y est encore pour quelque chose ! Je suis heureuse pour toi que ton BED  and BREAKFAST attire du monde. J'ai regardé sur ton site...félicitations...que de jolis commentaires ! J'ai hâte de tester...

Ah si, j'ai oublié de te dire que je me suis inscrite à des ateliers d'écriture. Ce n'est pas la première fois, je te le concède mais cette fois il ne s agit plus d'autobiographie. Il s'agit de purement et simplement casser nos codes et de pratiquer à la manière de l'Oulipo....ah ah ah...peut-être ignores-tu de quoi il s'agit...mais non...suis-je sotte...c'est l'effet miroir...c'est moi qui ignorait le principe...tu sais certainement de quoi il retourne. Je t'en dirai plus au fur et à mesure. En tout cas, l'animatrice est un sacré numéro !

Je t'embrasse comme je t'aime. Prends soin de toi ! Mes amitiés à Tom.

Claire

 

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04 août 2019

correspondance 1

Chère Hortense,

C'est décidé...je reprends la plume et l'encrier. Terminés  les claviers !

Quand je dis la plume et l'encrier c'est presque vrai. Sauf que l'encrier est intégré. Mais quelle belle écriture sur le papier. J'ai même retrouvé du buvard. Ça m'amuse ces tâches bleutées sur le rose de l'absorbeur général en chef. J'adore ce fouillis graphique !

Tu me trouves bizarre ? Normale ! Je suis bizarre ! Ou du moins j'ai envie de redevenir bizarre, de me distinguer. Je crois que je me suis égarée en route.

J'ai envie de retrouver mon écriture. A part quelques chèques et la liste des courses, j'ai presque oublié à quoi ressemblent mes majuscules du cahier et le plaisir d'arrondir les angles.

J'ai besoin d'écrire pour de vrai, de plier ma lettre, de la glisser dans une belle enveloppe à la doublure fleurie, d'aller au guichet de la poste. Avoir le plaisir de dire bonjour à quelqu'un et d'échanger quelques banalités. Quel challenge ! Je ne vois personne ici. Une petite ville de province très catholique. Huit années que je vis ici et...aucune vraie connaissance. Étienne s'en contente et répète que ce serait partout pareil. Moi je n'arrive pas à m'y faire. Ils sont polis mais évitants. Ils ont leurs cousins et leurs amis d'enfance donc...Ils n'ont pas besoin de nous !

C'est calme, c'est propre. Les ronds points sont fleuris. Il y a des commerces de tout mais la culture du néant. Obligés de faire cinquante kilomètres pour voir du théâtre ou des concerts. Te rends-tu compte Hortense ? C'est une petite ville pratique mais ce n'est pas une ville ludique. Je m'ennuie Hortense. Je m'ennuie à mourir dans cette ville, pas dans ma vie mais dans cette ville. Me revient à l'esprit une phrase d'Alexandra David Niel qui disait un truc comme...voyager sans rencontrer l'autre, ce n'est pas voyager mais se déplacer...c'est tout à fait ce que je ressens ici. Vivre dans un endroit sans créer du lien, ce n'est pas vivre, c'est cohabiter.

Te rappelles-tu nos escapades à Paris lorsque nous y vivions ? Après le boulot, le week-end,  pendant nos congés. Quelles parties de rigolade. Pourquoi on se marie Hortense ? Pourquoi on fait des enfants qui passent leur temps, à l'âge adulte à nous critiquer ? Pas envie de me mettre la rate au court bouillon aujourd'hui mais c'est pas non plus la joie de ce côté là. 

Tu me manques mon hortensia rose dragée. Quand reviens tu faire escale en France ? La vie est elle si intense au pays de Galles que tu n'envisages aucunement de te ressourcer auprès de ton amie ?

Je t'embrasse ma belle et j'attends de tes nouvelles.

Claire

 

 

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03 août 2019

A l'intention de l'univers

L'univers  t'a oubliée

Il t'ignore et tu croupis

Tu t'occupes jour après jour

L'univers cet infini

Tu n'es qu'une petite chose parmi tant d'autres

Qui maugré timidement

L'univers a d'autres chats à fouetter

Tu es seule face à toi-même

Debout malgré tout

L'univers fait le sourd

Les portes closes et le silence assourdissant

Tantôt colère, tantôt tristesse

L'univers t'ignore,fait le mort 

Grave, irréversible, sans avenir

Solitude inéluctable

L'univers n'habite pas à l'adresse indiquée

Isolement comme une punition

Tu n'es plus personne

L'univers t'a missionnée

Tu as rebâti les murs de ta vie

Tu t'es battue pour t'imposer

L'univers n'est pas pressé

Pour être toi et seulement toi

Ça peut prendre des années

L'univers ne te voit plus

Tu respires sans exister

Tu manges, tu bois sans faim ni soif

L'univers t'a oubliée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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02 août 2019

A H. ma fille

Arrogante parfois

Bélier ascendant bélier...c'est tout dire

Caractère bien trempé, trop trempé souvent

Diablement ingérable

E devant lequel le H fut préféré

Fatigante de certitudes

Grandir est une gageure

Hâtivement persuadée

Irritée, irrascible

Je t'aime

Koiquetudises...koiquetufasses...

L'éloignement soigne les blessures

Maudit soit-Il !

Nez en moins dis-tu...pas d'accord !

Orgueil et préjugés...l'avenir te dira !

Prisonnière sans le vouloir, sans le savoir

Que le cordon se coupe coûte que coûte

Rancune tenace et injuste

Shiva détruit, le serpent au bout de la langue

Têtue pourquoi te tais-tu ?

Utile je n'étais qu'utile..

Volonté de ne pas avancer

Whisky irlandais

X ...sous x n'est pas ta réalité

Y aura-il des lendemains qui chantent ?

Zoé aurait pu être ton prénom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 juillet 2019

shame on you !

Elle s'insinue dès le début

De ta petite vie de chérubin

Faut pas dire ça ! Ah oui ? Pourquoi ?

Tu ne sais pas

Elle te façonne à ton insu

Au quotidien

Ça ne se fait pas ! Ah oui ? Pourquoi ?

Ce n'est pas bien

Elle te cloisonne et tu t'enfermes

Ne raconte pas ce que tu vois !

Qu'en penseraient les voisins ?

Elle t'interdit le dire, le faire

Ne fais pas ci ; ne fais pas ça

La moindre erreur, le moindre écart

Quoi que tu dises, quoi que tu fasses

Ce que tu es et qui déplait

Ce que tu dis qui n'est pas classe

Comment tu t'habilles ! T'es trop fat !

Tu te condamnes et on t'isole

Comme une corde autour du cou

Elle coupe le souffle de la vie

Comme un poignard dans ton coeur

Elle te refuse le bonheur 

Parfois l'envie de vivre ta vie

Comme une chaîne, comme un boa

Elle étouffe le désir en toi

Elle te fait croire des fadaises

Et détruis ton estime de toi

Elle conditionne tes faits, tes gestes

Elle te ronge de l'intérieur

Un ennemi squatte ton coeur

Et si tu tentes de te sauver

Les autres vers toi pointent leur doigt

Un doigt vengeur ou arrogant

Qui montre de l'index le mutant

Le dérangeant, le mal pensant

Ils causent, ils jactent et ils mėdisent

Mais le silence, l'évitement

Font aussi leur bel basse oeuvre

Tu fuis alors toute rencontre

Un simple regard une parole

Te font descendre six pieds sous terre

Dans ta tanière

Tu te terres

pour te protéger

Tu t'isoles

Pour te ressourcer

Tu te caches

  Mais la parano  la relaie

L'ėmissaire s'acharne et te colle

La peur de l'autre, la peur du monde...tu les remâches

Épuisé, rincé, vidé, lessivé

Tu cognes ta tête contre le mur

Tu vas la fracasser, ça c'est sûr !

Tu tapes du pied, du poing, ça dure...

Elle est vivace, rien ne la lasse

Elle est active, elle est cruelle

Arrête la machine infernale

Identifie ton ennemi, nomme-la

Dis-lui ses quatre vérités

Droit dans les yeux, franc du collier

Et revisite ton passé

Relève la tête chasse cette honte qui vit en toi

Retrouve l'enfant que tu étais

Chéris-le bien  et de tes bras réconfortants

Entoure son petit corps meurtri

Et son palpitant tout bleui

Embrasse-Le dis lui que  tu l'aimes

A deux vous serez plus forts

Pour affronter l'adversité

 Imposer votre vérité

Contrer les bassesses, le mensonge

Et vivre en paix avec vous-mêmes.

 

Copyright Catherine Le Bris 18 juillet 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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